Ayurvéda et Kumbhaka - l' art de suspendre le souffle pour équilibrer les doshas
- Sissi Gilton
- 14 juil. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 déc. 2025
En Ayurvéda, chaque personne est constituée d'un équilibre unique des trois doshas : Vata (air et espace), Pitta (feu et eau), et Kapha (terre et eau). Lorsque ces doshas sont équilibrés, la personne se sent en harmonie avec son corps et son esprit. Cependant, lorsque l'un ou l'autre dosha est déséquilibré, des symptômes physiques et émotionnels peuvent se manifester.
Kumbhaka : l’Art de Suspendre pour Réunifier
Kumbhaka est une pratique de respiration du yoga, c’est l’art de la rétention du souffle, une pause sacrée entre deux mondes, un moment suspendu entre l’inspir et l’expir, un entre-deux vibrant de vie, où l’air ni entre, ni ne sort.
Ce n’est ni l’action de prendre ni de relâcher, mais un espace de transformation où le corps, l’esprit et l’âme s’accordent dans une vibration commune.
Cette suspension, lorsqu’elle est pratiquée avec conscience, devient un outil de régulation énergétique profond, un acte d’alchimie intérieure.
Un moment de silence… un espace sacré où l’énergie prâna se stabilise, se transforme et s’oriente constamment.
Bien plus qu’un exercice de contrôle de la respiration, c’est une porte vers l’équilibre subtil des énergies vitales, une passerelle entre les sagesses du yoga et de l’ayurveda.
Le souffle, miroir des doshas
Selon l’ayurveda, nos états physiologiques, mentaux et émotionnels sont gouvernés par trois forces fondamentales appelées doshas. Chaque déséquilibre dans ces doshas peut se lire dans le rythme, la qualité et la profondeur du souffle.
Le souffle retenu devient un portail vers l’équilibre intérieur.
Chaque souffle est un mouvement de vie, un dialogue entre l’univers et notre être. Kumbhaka, cette suspension, cette cessation du souffle comme le nomme Patanjali, ne représente pas un arrêt, mais une immersion dans le silence vibrant de l’instant présent.
C’est là que l’ayurveda et le yoga se rejoignent intimement. Dans l’ayurveda, cette pratique devient un outil puissant de régulation des doshas, souvent déséquilibrés dans nos rythmes modernes.
Kumbhaka devient ainsi une pratique d’équilibrage des doshas !
Explorons les trois phases principales de la rétention et leurs effets selon la science ayurvédique.
1. Antara Kumbhaka : Il s'agit de la rétention du souffle après l'inhalation (poumons pleins).
Effet : Tonifiant et énergisant.
En termes ayurvédiques : Cette pratique a une action brimhana (nourrissante). Elle fortifie le corps et le mental, et contribue à créer l'ojas, l'essence subtile de la vitalité.
2. Bahya Kumbhaka : Il s'agit de la rétention du souffle après l'expiration (poumons vides).
Effet : Purifiant et relaxant.
En termes ayurvédiques : Cette pratique a une action langhana (allégeante). Elle calme le mental, purifie les canaux énergétiques et renforce le contrôle des impulsions.
3. Kevala Kumbhaka : C'est la rétention spontanée, qui survient naturellement sans contrôle conscient du souffle, souvent dans des états de méditation profonde.
Effet : Intégrateur et révélateur. Favorise la quiétude mentale, l’accès à des états de conscience élargis et une profonde régénération.
En termes ayurvédiques : Cette pratique (ou état) a une action sattvique et équilibrante. Elle révèle l’harmonie subtile entre le corps, le prana et la conscience, reflétant un apaisement profond des doshas et des gunas.
Le Souffle comme Médiateur entre Corps et Esprit
En Ayurveda, le souffle (prana) est vu comme une force vitale qui régit l'énergie dans le corps. Kumbhaka, en tant que pratique de rétention du souffle, permet de cultiver cette énergie de manière consciente et contrôlée. Il crée un espace entre l’inspiration et l’expiration, permettant à l'énergie vitale de se régénérer et de circuler librement, tout en équilibrant les dosha.
Kumbhaka devient une pratique ayurvédique à part entière, en ajustant la durée et l’intention de la rétention, par laquelle on peut équilibrer nos humeurs.
Éveiller Vata, Pitta et Kapha par le Souffle Retenu
1. Pour Vata (Air et Espace) : L’espace devient un refuge
* Profil : Les individus où Vata domine sont sujets à l'agitation, l'anxiété, l'irrégularité et aux troubles du sommeil. Leur respiration est souvent rapide, instable et superficielle.
* Action de Kumbhaka :La rétention devient ici un ancrage puissant. Par son aspect concret et tangible, elle ramène le corps dans la matière, dans l’instant présent. Une pratique lente, douce et soutenue favorise un souffle régulier qui contient et apaise le "vent" intérieur. On y retrouve le poids rassurant de la Terre au cœur même de l’espace subtil.
Pratique recommandée pour Vata :
* Type : Antara Kumbhaka (rétention à poumons pleins) très douce.
* Rythme : Durée courte, avec une inspiration lente et stable. Exemple : 4s d'inspiration / 4s de rétention / 6s d'expiration.
* Posture : Assise ou allongée, dans une ambiance "cocooning".
* Astuce sensorielle : Lors de la rétention, visualisez une brume chaude qui enveloppe le bassin et apaise les nerfs, ou écoutez le son doux de l’océan intérieur. Cela rassure le mental Vata.
2. Pour Pitta (Feu et Eau) : Le feu s’apaise dans le silence
* Profil : Pitta incarne la chaleur, l’intensité et la volonté, mais peut mener à l'irritabilité et à la colère. Le souffle est souvent fort, perçant, avec une tendance à forcer ou à contrôler.
* Action de Kumbhaka : Dans ce contexte, Kumbhaka devient un bain de fraîcheur. Pratiqué avec douceur, il aide à refroidir l'excès de chaleur interne et à apaiser les émotions. En cultivant la rétention après l’expiration (Bahya Kumbhaka), le corps se purifie de ses excès. Le mental apprend à lâcher le besoin de tout maîtriser et s’incline devant le mystère du vide. Le feu intérieur se transforme en lumière paisible. C’est l’art de refroidir la braise sans éteindre la flamme.
Pratique recommandée pour Pitta :
* Type : Bahya Kumbhaka (rétention à poumons vides) modérée.
* Rythme : Accent sur l’expiration lente et complète pour calmer le feu. Exemple : 6s d'inspiration / 6s d'expiration / 6s de rétention à vide.
* Contexte : Pratiquer dans des lieux frais, le matin ou au coucher du soleil.
* Astuce sensorielle : Reliez vous au souffle comme à une vague lente qui se retire, emportant avec elle les tensions, l'orgueil et la chaleur excessive. Associez- y une visualisation lunaire, argentée et rafraîchissante.
3. Pour Kapha (Terre et Eau) : Éveiller l’élan vital
* Profil : Doux, stable et lourd, Kapha tend vers la stagnation, la lenteur et la lourdeur lorsqu'il est en excès. Le souffle est lent et profond, mais peut devenir paresseux et engourdi.
* Action de Kumbhaka : Kumbhaka devient ici un feu sacré. En retenant le souffle après une inspiration dynamique (Antara Kumbhaka), on génère une douce montée d’énergie. La rétention devient un battement de tambour intérieur qui éveille la motivation, clarifie les pensées et stimule le feu digestif (agni). Le corps sort de sa torpeur, l’esprit retrouve son élan.
Pratique recommandée pour Kapha :
* Type : Antara Kumbhaka dynamique (à poumons pleins), avec des rétentions plus longues (ex. : 6s inspi / 6–8s rétention / 4s expir).
* Dynamisation : Pratiquer après des échauffements comme Kapalabhati ou Bhastrika légers. On peut ajouter un bandha (ex. : léger Uddiyana bandha pendant ou après la rétention pour mobiliser l'énergie.
* Astuce sensorielle : Imaginez que la rétention est un rayon de soleil traversant une brume épaisse. Visualisez une lumière dorée montant du bassin jusqu’au cœur, perçant la lenteur et ravivant la joie.

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